À Venise, Amina Agueznay nous invite à entrer dans le tissage
À Venise, Amina Agueznay nous invite à entrer dans le tissage
Et si l’on pouvait se promener à l’intérieur d’une œuvre textile ? Pour le premier Pavillon du Maroc à la Biennale d’art de Venise, Amina Agueznay a imaginé Asǝṭṭa, une installation monumentale qui se traverse comme un paysage de fils, de gestes et de mémoires.
À l’Arsenale, il faut d’abord oublier le réflexe habituel des expositions : se placer devant une œuvre et la regarder. Cette fois, c’est le textile qui vient à votre rencontre. Des pans suspendus dessinent des passages ; les fils laissent entrevoir ce qui se trouve derrière eux. On avance, on change de point de vue, on découvre une autre épaisseur. Amina Agueznay a transformé le Pavillon du Maroc en une architecture souple, et on perçoit presque comme une seconde peau.
Son nom ? Asǝṭṭa. Ce mot amazigh évoque le tissage rituel et le métier à tisser. Un titre qui nous ramène à l’origine de l’œuvre : avant d’occuper l’espace, elle est née de mains au travail, de matières choisies et de gestes transmis.
Chef d’ orchestre Textile
Il a fallu réunir non pas Mille et une personnes mais 166 artisanes et artisans de différentes régions du Maroc pour donner vie à cette installation. Le tissage y dialogue avec la broderie, le perlage et la vannerie. Derrière cette œuvre signée Amina Agueznay, il y a donc une multitude de personnes, de techniques et de façons de faire. C’est peut-être ce qui la rend si vivante : chaque élément porte la trace d’un savoir-faire.
Cette aventure collective ressemble à l’artiste. Architecte de formation, Amina Agueznay explore depuis plus de vingt ans les savoir-faire traditionnels marocains aux côtés de celles et ceux qui les pratiquent. Elle pense la matière à grande échelle : un fil devient une ligne, des lignes forment une surface, et cette surface finit par redessiner l’espace autour de nous.
Passer de l’autre côté du fil
Dans la Salle des Artiglierie, Asǝṭṭa joue avec une idée simple et belle : celle du seuil. On passe entre les textiles comme on franchirait une porte, sans savoir tout de suite ce que le prochain espace révélera. L’installation emprunte cette notion à l’âatba de l’architecture marocaine, ce lieu de passage entre l’intérieur et l’extérieur.
On ressort avec l’impression d’avoir découvert bien plus qu’une œuvre monumentale.
Amina Agueznay nous rappelle qu’un textile se construit fil après fil, mais aussi rencontre après rencontre. Et qu’à Venise, cette année, le Maroc a choisi de raconter son histoire en nous invitant à marcher au milieu de ses fils.
Asǝṭṭa, Pavillon du Maroc, Biennale d’art de Venise, Arsenale. Jusqu’au 22 novembre 2026.