Vous avez dit Shibori?

Le Shibori thermique : la mémoire du textile en mouvement

Issu des savoir-faire textiles japonais, le shibori thermique — ou thermofixation par ébullition, explore le textile comme une matière vivante, capable de conserver la trace du geste. Cette technique utilise la chaleur humide de l’eau bouillante pour fixer durablement plis, volumes et tensions dans le tissu.

La valeur du geste

Contrairement au repassage, la chaleur agit ici de manière enveloppante. Le tissu, préalablement noué, compressé ou enrichi d’objets encapsulés (graines, billes, pierres), est plongé dans l’eau bouillante pendant plusieurs minutes. En refroidissant, la fibre enregistre ces contraintes et garde une mémoire visible de la transformation.

Le résultat dépasse la simple surface décorative : le textile devient volume, relief, parfois objet. Chaque pièce est unique, façonnée par le temps, la pression et la matière. Le shibori thermique ouvre ainsi un champ d’expérimentation où artisanat, design et création contemporaine se rencontrent, réaffirmant la valeur du geste lent et de l’imprévu dans un monde standardisé.

Focus artistes 

Reiko Sudo

Directrice créative du studio NUNO, Reiko Sudo explore les limites du textile par la chaleur et l’expérimentation de fibres synthétiques. Son travail détourne des techniques traditionnelles japonaises, dont le shibori, pour créer des surfaces en relief, presque sculpturales.

Junichi Arai

Artiste textile majeur au Japon, Junichi Arai développe des textiles expérimentaux mêlant fibres synthétiques, traitements thermiques et techniques traditionnelles. Ses œuvres brouillent les frontières entre tissu, sculpture et matière architecturale.

Hiroaki Ohya

Reconnu pour ses recherches sur le shibori tridimensionnel, Hiroaki Ohya travaille le nouage, la compression et la fixation thermique pour créer des volumes organiques, souvent proches de formes biologiques ou minérales.

Une pratique entre tradition et création contemporaine

Ces artistes partagent une même approche :
le textile n’est pas un support décoratif, mais une matière active, capable de mémoriser le geste, la pression et le temps. Le shibori thermique devient alors un langage formel, au croisement de l’art, du design et de l’artisanat expérimental.

 
Étudiante en architecture à Rennes, je m’intéresse aux dialogues entre formes, textures et contextes. Mon écriture cherche à mettre en lumière les passerelles entre architecture, mode et culture visuelle. Chaque projet raconte une histoire. 

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