Tressages Pas Sages : l’art du lien, l’osier réinventé
Depuis 2013, Alexandra Ferdinande donne vie à l’osier et aux fibres végétales. Après une reconversion audacieuse, elle a fondé l’atelier Tressages Pas Sages, un espace où l’art du tressage dialogue avec le design contemporain. À travers cette interview, elle nous partage son parcours et cette alchimie unique qui naît entre ses mains et la matière.
Comment est né Tressages Pas sages ?
Je cherchais à développer une activité artisanale sans savoir exactement quel métier ou quelle matière choisir. Tout a commencé le jour où je me suis installée à la campagne. J’ai découvert qu’autour de moi, il y avait tout ce qu’il fallait pour développer un langage créatif et artistique. Avec des fibres végétales, il est possible de créer des objets à la fois beaux, inspirants et utiles. Avant de me consacrer à la vannerie, j’exerçais dans le milieu de l’art associatif. Ce projet a été pour moi une véritable reconversion professionnelle, un changement de vie.
"Tressages Pas Sages" D’où vient cette touche d’audace et de poésie ?
Ce nom est né de l’idée de la "vannerie sauvage", c’est-à-dire le fait de tracer des végétaux que l’on glane soi-même. Il y a aussi un double jeu de mots qui me plaisait : l’idée de pouvoir être très sage ou pas sage, selon les jours et les envies. On n’est jamais dans le même état d’esprit. Il y avait également une référence au passage vers une autre vie, une reconversion. Tout cela me touchait profondément. J’ai hésité avant d’assumer ce nom, mais j’ai fini par me dire : si cela me correspond, alors je dois le porter.
Ce nom ne raconte pas seulement une posture ou un état d’esprit : il dit aussi quelque chose de mon geste et de ma manière d’être. Tresser, nouer a aussi cette dimension de créer du lien. Partir d’éléments disparates, les combiner ensemble et donner naissance à autre chose. Séparément, ces éléments ne disent rien. Mais avec le geste, ils prennent forme et gagnent une toute nouvelle dimension.
Pourquoi avoir choisi l’osier, et que souhaitez-vous transmettre à travers vos créations ?
Au début, j’utilisais tout ce que la nature m’offrait : lierre, ronce, châtaignier, noisetier, joncs… Mais lorsque j’ai voulu en faire mon métier, j’ai compris qu’il était difficile de consacrer autant de temps à glaner la matière première puis à la transformer, d’autant qu’une fois récoltée, elle n’est pas prête à l’emploi. En France, la vannerie est principalement tournée vers l’osier ; j’ai donc choisi de m’y intéresser. Cette matière offre un champ de possibilités immense grâce à sa grande souplesse. À partir de là, il m’a semblé évident que c’était la vannerie d’osier qu’il fallait explorer, et je me suis formée à cette technique.
À travers mes créations, je cherche à transmettre la poésie de la nature : une invitation à se reconnecter à des instants rares et précieux. La légèreté, la lumière, ces petites choses qui nous font du bien, qui nous inspirent et nous ressourcent. Cela peut paraître simple, presque insignifiant, mais c’est essentiel pour rester positif et accueillir les aspects plus difficiles de la vie.
« Je veux faire rêver, allumer des étoiles dans les regards et créer, à ma manière, des pièces de bonheur. »
Selon vous, à quel moment peut-on considérer qu’une œuvre est achevée ? À partir de quand vous dites-vous : “ça y est, j’ai terminé” ?
C’est une bonne question. Je dirais que tout dépend d’une intention très précise au départ. Avec le temps, j’ai remarqué que plus j’ajoute de matière, moins l’œuvre me touche. Il m’arrive de penser qu’elle est achevée, puis de réaliser que je suis allée trop loin. Alors je reviens en arrière : je démonte, j’enlève de la matière pour faire réapparaître la structure.
Ce travail de soustraction me touche davantage. En démontant, le geste reste inscrit dans la matière : les brins ne sont plus rectilignes, ils se courbent, se plient. Et ce processus m’ouvre parfois vers des pistes d’exploration auxquelles je ne serais pas arrivée spontanément.
Quels sont vos principaux clients ?
Je travaille principalement avec des architectes d’intérieur et des décorateurs, qui ont des clients haut de gamme et travaillent sur des restaurants, des hôtels, ou des lieux qui ont besoin d’être incarnés. Ils recherchent des pièces d’exception, uniques et de caractère. C’est là que les artisans d’art ont un rôle à jouer : apporter ce supplément d’âme qui nous démarque de la production en série.
J'aimerais revenir sur l'exposition de Maisons et Objets et votre collaboration avec l'artiste verrière Florence Lemoine. Qu'est-ce que vous apporte les collaborations avec d'autres artistes ?
Ce qui est fascinant, c’est de réussir à assembler nos matières sur le plan technique tout en trouvant une harmonie. Nous avons des univers artistiques assez cohérents, avec des inspirations communes autour de la nature. L’osier et le verre sont deux matériaux rarement associés, et pourtant, ils se complètent à merveille. Moi, je travaille l’osier avec de l’eau, dans un processus lent et artisanal. Florence, elle, travaille le verre avec le feu, dans un geste rapide et précis.
Ces échanges nourrissent mon travail. Voir comment un regard extérieur interprète ma pratique, c’est fascinant.
Propos recueillis par Alice Ruiz,
Étudiante en architecture à Rennes, je m’intéresse aux dialogues entre formes, textures et contextes. Mon écriture cherche à mettre en lumière les passerelles entre architecture, mode et culture visuelle. Chaque projet raconte une histoire.